Accord sectoriel 2025-2026 en CP 124 (Construction) : quelles conséquences pour les employeurs et les ouvriers ?

6 mars 2026

Les partenaires sociaux de la Commission paritaire 124, compétente pour le secteur de la construction, ont conclu un accord sectoriel couvrant la période 2025-2026. Cet accord devra encore être concrétisé par des conventions collectives de travail (CCT) sectorielles, mais ses grandes orientations sont désormais connues. Dans un contexte marqué par une norme salariale fixée à 0 % pour 2025-2026 par le gouvernement fédéral, les marges d’augmentation salariale directe sont inexistantes. Les adaptations prévues portent donc principalement sur des avantages extralégaux, des indemnités sectorielles et certains régimes spécifiques propres à la construction. Voici un tour d’horizon des principales mesures et de leurs implications pratiques.

Pouvoir d’achat : place aux chèques-repas, fin des éco-chèques

Introduction ou augmentation des chèques-repas

L’une des évolutions majeures concerne l’introduction généralisée des chèques-repas dans le secteur.

Pour les employeurs qui n’octroient pas encore de chèques-repas, l’obligation interviendra à partir du 1er avril 2026. L’intervention patronale sera fixée à 1,50 EUR par chèque, avec une contribution minimale du travailleur de 1,09 EUR, portant la valeur totale du chèque-repas à 2,59 EUR.

Une seconde étape est prévue : à partir du mois suivant la conclusion d’un accord sur l’équilibre financier structurel au sein du fonds sectoriel Constructiv, l’intervention patronale augmentera de 0,50 EUR. La valeur totale du chèque atteindra alors 3,09 EUR.

Pour les employeurs qui octroient déjà des chèques-repas, l’intervention patronale devra être augmentée de 1,50 EUR au 1er avril 2026, puis de 0,50 EUR supplémentaires après l’accord relatif à Constructiv.

Une attention particulière doit être portée aux entreprises qui auraient déjà introduit ou augmenté des chèques-repas en 2026 à hauteur des montants prévus : des règles spécifiques sont annoncées afin d’éviter un double avantage.

Suppression des éco-chèques

En parallèle, le régime sectoriel des éco-chèques, actuellement fixé à 115 EUR par an, sera supprimé au 31 mars 2026. Les éco-chèques seront encore octroyés une dernière fois en mai 2026 pour la période de référence du 1er avril 2025 au 31 mars 2026.

Il s’agit donc d’un transfert progressif d’un avantage vers un autre, avec un impact potentiel sur la gestion administrative et budgétaire des entreprises.

Frais de transport : mobilité et vélo

L’accord introduit également des adaptations en matière de frais de déplacement.

D’abord, le seuil ouvrant le droit à un « jour de mobilité » est abaissé. Désormais, l’ouvrier qui perçoit une indemnité de mobilité pour un total annuel d’au moins 28.500 km (au lieu de 30.000 km actuellement) bénéficiera de ce jour supplémentaire. Cette mesure élargit l’accès à ce droit dans un secteur où les déplacements sont fréquents.

Ensuite, l’indemnité vélo sectorielle sera portée à 0,32 EUR par kilomètre à partir du 1er octobre 2026. Cette augmentation s’inscrit dans une logique d’encouragement des modes de transport durables et s’aligne sur les évolutions observées dans d’autres secteurs.

Crédit-temps et fin de carrière : prolongations importantes

Le secteur prévoit la prolongation, jusqu’au 31 décembre 2027, du régime sectoriel des emplois de fin de carrière pour les travailleurs âgés de 55 ans et plus qui souhaitent réduire leurs prestations d’un cinquième ou à mi-temps.

Le droit au crédit-temps avec motif « soins » et avec motif « formation » est également prolongé. Ces dispositifs permettent aux travailleurs de mieux concilier vie professionnelle et vie privée, ou d’investir dans leur développement de compétences.

À partir du 1er janvier 2026, les ouvriers qui réduisent leurs prestations d’un cinquième dans le cadre d’un emploi de fin de carrière et qui remplissent les conditions d’ancienneté sectorielles percevront une indemnité complémentaire de 92,45 EUR par mois, à charge de Constructiv. Cette intervention vise à compenser partiellement la perte de revenus liée à la réduction du temps de travail.

RCC : maintien de certains régimes

Les partenaires sociaux ont décidé de prolonger le RCC médical jusqu’au 31 décembre 2026.

Par ailleurs, l’indemnité complémentaire RCC à charge de Constructiv sera maintenue pour les ouvriers dont le droit a été ouvert à la suite d’un licenciement intervenu avant le 1er juillet 2025. Il s’agit d’une mesure de sécurisation pour les travailleurs déjà engagés dans ce régime.

Sécurité d’existence : prolongations et adaptations

Les régimes sectoriels en matière de sécurité d’existence sont prolongés jusqu’au 31 décembre 2026.

Les régimes relatifs aux indemnités complémentaires de chômage ainsi qu’à l’indemnité-gel complémentaire spéciale sont prolongés jusqu’au 30 septembre 2027.

À partir du 1er janvier 2026, les montants de l’indemnité-gel complémentaire spéciale ainsi que ceux liés aux accidents du travail mortels ou entraînant une incapacité supérieure à 66 % seront adaptés. L’indemnité complémentaire de chômage sera quant à elle augmentée de 0,50 EUR à partir du 1er avril 2026.

Ces mesures traduisent la volonté de maintenir un filet de sécurité sectoriel dans un environnement économique incertain.

Mesures diverses : étudiants, flexi-jobs et formation

L’accord prévoit également plusieurs dispositions complémentaires.

Les charges sectorielles seront réduites pour les nouveaux entrants, afin de favoriser l’attractivité du secteur.

Un barème spécifique pour les étudiants est réintroduit : à partir du 1er avril 2026, le salaire horaire minimum pour les étudiants occupés sous contrat d’étudiant sera fixé à 16,00 EUR par heure.

Concernant les flexi-jobs, des règles propres au secteur sont prévues. Les ouvriers du bâtiment pensionnés pourront exercer toutes les fonctions. Les autres flexi-travailleurs ne pourront toutefois occuper que des fonctions ne nécessitant pas la formation de base obligatoire en matière de sécurité.

Enfin, l’accord met l’accent sur la formation, la sécurité et le bien-être. Une remise à jour obligatoire de la formation de base en matière de sécurité est annoncée, ce qui aura un impact organisationnel pour les entreprises concernées.

Quelles actions pour les employeurs ?

Même si les textes définitifs doivent encore être adoptés sous forme de CCT, il est essentiel pour les employeurs de la construction d’anticiper :

  • l’introduction ou l’augmentation des chèques-repas ;

  • la suppression des éco-chèques ;

  • l’adaptation des politiques internes en matière de mobilité ;

  • l’impact budgétaire des indemnités sectorielles ;

  • les obligations en matière de formation sécurité.

Une analyse globale des coûts salariaux et extralégaux pour 2026 s’impose afin d’éviter toute surprise.

Vous souhaitez évaluer l’impact concret de cet accord sectoriel sur votre entreprise ou adapter vos pratiques en conformité avec les futures CCT ?

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Sources

  • Accord sectoriel 2025-2026 – Commission paritaire 124 (Construction)

  • Loi du 26 juillet 1996 relative à la promotion de l’emploi et à la sauvegarde préventive de la compétitivité (norme salariale)

  • Informations sectorielles Constructiv

Accord sectoriel 2025-2026 en CP 124 (Construction) : quelles conséquences pour les employeurs et les ouvriers ?

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